Traduite en français en 2025, la poésie de Reagan Fordemwalt a rapidement trouvé un écho chez les jeunes lecteurs et lectrices. Porté par TikTok et les tendances de l’instapoésie, Lover Girl s’inscrit dans un mouvement plus large de démocratisation de la poésie contemporaine. Derrière la simplicité apparente du format, c’est toute une génération qui cherche des mots pour dire ce qu’elle ressent.
Une poésie née d’une rupture, pour parler à ceux qui aiment trop fort
Reagan Fordemwalt n’est pas une poétesse classique : à 20 ans, elle était encore étudiante quand elle a commencé à partager ses textes sur TikTok, en 2022. Rapidement, sa plume directe, sincère, pleine de douleurs et d’espoirs adolescents, a attiré l’attention. Lover Girl, son premier recueil, a été publié en français chez Flammarion en juin 2025, dans une traduction signée Pauline Bilisari, autre figure montante de la poésie contemporaine.

Ce recueil parle d’un chagrin d’amour, mais aussi de l’amour comme besoin, comme fragilité, comme obsession. Le style est épuré, les phrases sont courtes, mais par contre jamais dénuées d’impact. On y lit la solitude, l’attente, la dépendance affective, mais aussi une lente reconstruction. À travers des mots simples, Reagan Fordemwalt touche à quelque chose de presque universel : la difficulté d’aimer quand on ne se sent pas aimé.
Le phénomène des poèmes instagrammables : une tendance qui s’impose peu à peu
Lover Girl s’inscrit dans un courant bien plus large : celui de la poésie « instagrammable ». Popularisé par Rupi Kaur (notamment via son recueil Lait et miel), ce format court, visuel, percutant, est conçu pour être lu, compris et partagé en quelques secondes. Les poèmes y sont souvent composés de fragments, de phrases isolées qui frappent par leur simplicité, leur sincérité, leur force brute.
Si certains détracteurs y voient une forme d’appauvrissement littéraire, d’autres y lisent une véritable démocratisation du genre. Il ne s’agit plus d’impressionner par la forme, mais de toucher par le fond. Les réseaux sociaux n’ont pas tué la poésie : ils l’ont rendue accessible, intime, vivante. Avec Lover Girl, Reagan Fordemwalt illustre ce qu’une nouvelle génération attend d’un texte : qu’il fasse résonner leur propre voix.
Une voix générationnelle, entre vulnérabilité assumée et esthétique virale
Si Lover Girl touche autant, c’est parce qu’il incarne une parole à la première personne, sans masque. Ce n’est pas une poésie de posture, mais de ressenti. Reagan Fordemwalt écrit pour comprendre ce qu’elle vit, pas pour épater. Et c’est précisément cette absence de prétention qui bouleverse.
Son style, direct et dépareillé, correspond parfaitement aux usages actuels : chaque poème peut devenir une story, un message à envoyer ou bien simplement une émotion à sauvegarder. Cependant, au-delà de la viralité, c’est une véritable vulnérabilité assumée qui s’exprime ici. Une façon de dire : « j’ai mal, mais je l’écris ».
Cela résonne particulièrement avec un lectorat jeune, souvent confronté à la solitude, aux amours non réciproques, à la difficulté de mettre des mots sur des émotions complexes. Lover Girl devient alors un miroir, un carnet de bord, parfois même un guide émotionnel.
Lover Girl : un livre à part entière, et un vrai tournant littéraire
On aurait tort de réduire Lover Girl à une simple tendance TikTok. Derrière une forme brève et accessible, se cache une voix singulière, une expérience intime partagée avec pudeur. C’est une porte d’entrée vers la poésie contemporaine, mais aussi un livre qui peut bouleverser, consoler, accompagner.
Loin d’être un gadget littéraire, Lover Girl est un témoignage de ce que la littérature peut encore faire : mettre des mots simples sur des douleurs complexes. Et, en cela, Reagan Fordemwalt est bien plus qu’une « influenceuse ». Elle peut, désormais, prétendre dévenir une voix incontournable de sa génération.









