Chaque hiver, les rayons se remplissent de romances de Noël pleines de douceur, de chocolat chaud et de miracles amoureux. Pourtant, à contre-courant de cette vague sucrée, un sous-genre anglo-saxon attire de plus en plus de lecteurs : la dark romance de Noël. Entre amours toxiques, anti-héros charismatiques et neige tâchée de sang symbolique, ces récits explorent les zones d’ombre des fêtes et réinventent l’amour en version sulfureuse.
Un phénomène discret, mais en plein essor sur la scène anglophone
Longtemps confinées à des communautés de niche, les dark romance de Noël gagnent en visibilité dans les sphères anglophones. Sur TikTok, Reddit ou Lemon8, les hashtags #HolidayDarkRomance rassemblent des lecteurs, et génèrent de discussions passionnées autour de ces histoires qui bousculent les codes du genre.
Si la France reste majoritairement attachée aux cosy romances hivernales, les lecteurices anglophones explorent avec enthousiasme l’idée d’une romance de Noël plus risquée, plus psychologique, voire même dangereuse. L’attrait repose sur le contraste : un univers de guirlandes et de chants de Noël dans lequel se jouent des passions sombres, des jeux de pouvoir et des amours rédemptoires.
Les auteurices indépendantes y jouent un rôle majeur. Très présentes sur Wattpad, Kindle Unlimited ou les réseaux sociaux, elles publient des novellas ou des anthologies saisonnières qui rencontrent un succès immédiat. Ces formats courts, souvent autopubliés, permettent une créativité totale et une sortie rapide, en phase avec les attentes du lectorat de fin d’année.

Quand la neige recouvre les ténèbres : les codes de la dark romance festive
La dark romance de Noël s’amuse du paradoxe entre l’ambiance féérique et la noirceur émotionnelle. Les guirlandes scintillent, mais l’amour y brûle plus fort que la cheminée. Ces récits détournent les symboles festifs pour les plonger dans des univers où règnent la tension, le danger et le désir brut.
Les protagonistes sont souvent des figures anti-héroïques : criminels, tueurs à gages, créatures surnaturelles ou amants moralement gris. Les héroïnes, quant à elles, oscillent entre fascination et peur, attirées par des relations interdites où la passion devient une forme de survie. Les thématiques abordées vont de la rédemption à la perte de contrôle, avec une écriture plus crue, viscérale, et des scènes chargées d’une intensité dramatique.
Ce sous-genre assume aussi une forte dimension cathartique. Là où la romance de Noël classique promet la sécurité et la chaleur du foyer, la dark romance explore la transgression : comment aimer quand tout s’effondre ? Comment trouver la lumière au cœur de l’hiver ? En cela, elle offre une alternative audacieuse à la vision uniformément douce des fêtes.
Quelques titres cultes du genre et un succès encore absent en France

Plusieurs titres anglo-saxons incarnent aujourd’hui cette tendance. Silent Night de M.L. Philpitt s’impose comme une référence, décrivant une romance tordue entre deux âmes perdues dans un décor de Noël étincelant. Dans Hunted in Holly de Leann Belle, la tension psychologique se mêle à la sensualité, tandis que A Heart So Cold and Wicked de Rebecca F. Kenney revisite le motif de l’amour impossible sous la neige.
Les amateurs du genre citent également Sacked and Slayed d’Aurelia Knight ou The Naughty List d’Ellie Mae MacGregor, où un Santa amoral affronte une voleuse pleine d’esprit, un récit apparement aussi drôle qu’inquiétant. Certaines œuvres flirtent même avec la dark fantasy, à l’image de Krampus de Brom ou Black Ice de Becca Jameson, qui réinventent le folklore de Noël en version érotique ou gothique.

Malgré l’intérêt croissant des lecteurs francophones pour la dark romance, aucune maison d’édition française ne s’est encore réellement emparée du concept de romance de Noël sombre, mis à part &H avec la publication cette année de Winter Stalker d’Alta Henley. Pourtant, le potentiel est là : ces récits s’adressent à un lectorat curieux, lassé du sucre et en quête de récits plus complexes émotionnellement. Un marché encore vierge, mais qui pourrait bien s’ouvrir à l’avenir, au rythme des traductions et du bouche-à-oreille venu du monde anglophone.









