La romance historique ne raconte plus les mêmes histoires qu’il y a trente ans. Si certains clichés persistent, le genre a connu une évolution profonde, parfois invisible au premier regard. Quels changements ont marqué cette transition ? Et comment les lecteurs d’aujourd’hui perçoivent-elles cette mutation ?
Des héroïnes plus combatives, mais pas toujours modernes

Dans les années 1990, les héroïnes de romance historique étaient souvent jeunes, vierges, en quête d’amour ou de sécurité. Leur marge d’action était réduite, même si elles affichaient parfois un tempérament fougueux. Le modèle dominant restait celui d’une femme séduite malgré elle, dans un cadre social contraint.
Depuis, le genre a largement évolué : les héroïnes sont plus âgées, parfois veuves, souvent plus expérimentées (c’est le cas par exemple dans le premier tome de la saga Les quatre soldats, ndlr). Elles ont des opinions politiques, des ambitions, un passé amoureux. Leur psychologie gagne en nuance. Cependant, le changement n’est pas toujours radical : ces héroïnes modernes évoluent encore souvent dans des cadres ultra traditionnels, où la réussite amoureuse reste l’horizon principal.
La modernisation est donc relative, et parfois même en trompe-l’œil.
Le principal enjeu aujourd’hui reste d’arriver à toucher un public moderne, qui a évolué avec son temps, sans pour autant dénaturer l’essence même de la romance historique.
Une sexualité plus assumée… mais pas toujours équilibrée ?
La vague des années 90 n’a jamais fui l’érotisme. Certaines scènes restaient très explicites, parfois plus crues que dans la romance contemporaine actuelle. Néanmoins, la sexualité y était très codifiée, tournée vers le plaisir masculin, et peu interrogée sur le plan du consentement ou du confort. En 2025, certains romances historiques sont largement pointées du doigt pour proposer un consentement plus que discutable, à l’image par exemple du tome 2 de La ronde des saisons.
Les romances historiques d’aujourd’hui conservent cette intensité sexuelle, mais de plus en plus d’auteurices choisissent d’en faire un espace d’échange, de respect et d’écoute. Le plaisir féminin est davantage central, même si les scènes restent parfois très genrées dans leur construction.
Des héros moins tyranniques, mais toujours puissants

Le fameux « héros alpha » a-t-il disparu ? Pas vraiment. Il s’est adouci. Le duc dominateur, le capitaine taciturne, le highlander inaccessible ont toujours la cote. Cependant, leurs méthodes changent. Moins brutaux, plus introspectifs, ces personnages restent puissants, mais leur pouvoir n’est plus seulement physique ou social : il est souvent contrebalancé par un trauma, une culpabilité, une solitude.
Cette évolution répond à une attente contemporaine : celle d’une vulnérabilité masculine qui ne nie pas la force, mais l’humanise. La tension est toujours là, mais elle passe davantage par la parole que par la contrainte.
Une esthétique plus travaillée, une nostalgie intacte
Depuis la série Bridgerton, les romances historiques sont redevenues esthétiques, colorées, presque glamour. Cette mise en scène a transformé l’image du genre, en attirant un nouveau lectorat. Dans cette optique, la prochaine saga de Morgane Moncomble sera particulièrement observée par les lecteurs de romance.
Par contre, ce changement visuel ne dit pas tout. Au-delà des couvertures pastel et des bals éclairés à la bougie, les romances historiques récentes rejouent souvent des intrigues très classiques. Le changement est donc plus visible dans la forme que dans le fond. L’évolution est bien là, mais elle reste lente, ambivalente, parfois brouillée par le retour à certaines normes romantiques très conservatrices.









