Parmi les millions de fanfictions publiées autour d’Harry Potter, certaines romances alternatives dominent très largement : Drago x Hermione, surnommé Dramione, et Harry x Drago, connu sous le nom de Drarry. Pourquoi ces ships fascinent-ils autant, et que disent-ils de notre rapport à l’univers ?
Dramione : la rédemption par l’amour ?

La popularité du couple Drago/Hermione repose sur un contraste devenu incontournable : deux personnages que tout oppose et qui, en théorie, se détestent et se détesteront toujours. Drago Malefoy, héritier d’une lignée élitiste et raciste, et Hermione Granger, brillante élève née-moldue. Ce clash social, moral et idéologique alimente des dizaines de milliers d’histoires centrées sur la tension, la haine, puis la transformation.
Les fanfics Dramione mettent souvent en scène un Drago en quête de rédemption, parfois après la guerre, parfois dans un monde alternatif. Hermione devient une figure de confrontation morale, mais aussi de désir. C’est un trope classique, le fameux enemies-to-lovers, qui se mêle à des enjeux de pardon, de changement, et de revanche symbolique.
Drarry : tension homo-érotique et relecture queer de la saga ?
Harry et Drago ne sont jamais amis dans les romans, mais leur rivalité intense, dès leur première rencontre, alimente un imaginaire queer puissant. Dans les fanfics Drarry, cette tension se transforme en désir, en romance interdite, en introspection identitaire.
Drarry permet aussi une relecture critique de la saga, où Harry se détache des schémas hétéronormés, et où Drago devient un personnage profond, blessé, plus que simple antagoniste. Ce ship est emblématique d’un besoin de voir représentées des identités queer dans un univers qui, à l’origine, semble les ignorer.
Les fanfictions comme espace de réécriture émotionnelle
Ces ships ne sont pas populaires uniquement pour le plaisir de détourner les couples établis. Ils servent souvent à explorer des dimensions psychologiques plus riches : trauma, résilience, relations de pouvoir, désir refoulé, pardon, justice émotionnelle.
Le fait que ces histoires se déroulent dans un monde connu (Poudlard, le Ministère de la Magie, le manoir Malefoy, etc.) permet aux lecteurs de s’y projeter facilement. Néanmoins, tout est réécrit à la lumière d’enjeux peut-être plus contemporains : féminisme, diversité, sexualité, équilibre du pouvoir.
Dramione/Drarry : un succès durable ?
Sur AO3, les tags Dramione et Drarry font partie des plus utilisés toutes fandoms confondues. Ces histoires cumulent des millions de lectures et d’ajouts en favoris. Elles génèrent aussi énormément de fanarts, de TikToks, de reels, de playlists.
Leur viralité entretient l’univers Harry Potter dans les discussions actuelles, même quand les récits s’éloignent de la saga de base. En cela, ces ships participent pleinement à la centralité culturelle de l’univers, et indirectement à sa longévité. C’est ce point d’ailleurs qui va faire débat, en témoigne les débats actuels autour de la publication d’Alchemised et Rose in Chains (deux fanfictions Dramione adaptées en roman, ndlr).
Héritage Harry Potter : un paradoxe assumé par une partie des fans ?
Ce qui rend ce phénomène encore plus intéressant, c’est qu’une large partie des lecteurices et auteurices de ces fanfictions se disent aujourd’hui en rupture totale avec les prises de position de J.K. Rowling. Elles rejettent fermement ses propos transphobes, ses engagements conservateurs, et sa vision figée du monde.
Et pourtant, ces personnes continuent de fréquenter cet univers à travers la fanfiction. Pourquoi ? Peut-être parce que ces récits offrent un espace d’expression alternatif. Un endroit où l’on peut réparer, réécrire, réinventer, le tout sans passer par l’autrice officielle. Pour beaucoup, c’est un moyen de reprendre possession d’un imaginaire marquant de leur adolescence, tout en lui insufflant des valeurs inclusives, queer, féministes ou antiracistes.
Toutefois, précisons que c’est loin d’être le cas de tout le monde : de l’autre côté, beaucoup estiment que, peu importe l’approche, les fanfictions Harry Potter restent un moyen de soutenir indirectement JK Rowling et que les mentalités devraient évoluer sur ce sujet également.









